C’est une rencontre qui fait souvent sourire. En vous promenant dans votre jardin ou en jetant un œil par la fenêtre, vous apercevez une petite boule de piquants qui trottine sur la pelouse. Votre premier réflexe est l’émerveillement : « Quelle chance, un hérisson ! ».
Pourtant, si cette scène se déroule en plein jour, et encore plus en période hivernale, sachez que ce n’est pas une visite de courtoisie. C’est un appel au secours silencieux.
Contrairement aux idées reçues, un hérisson qui se montre au soleil n’est pas “mignon”, il est en danger de mort imminent. Pour nos amis jardiniers et amoureux de la nature, voici la procédure d’urgence validée par les vétérinaires pour sauver ce précieux auxiliaire.
Pourquoi est-ce absolument anormal ?
Le hérisson d’Europe est un animal strictement nocturne. De plus, entre novembre et mars, il est censé être en hibernation profonde, caché sous un tas de bois ou de feuilles mortes pour économiser son énergie.
Si vous le voyez errer en plein jour l’hiver, c’est que quelque chose de grave a interrompu son cycle :
- Il est affamé et n’a pas assez de réserves de graisse.
- Il souffre d’hypothermie.
- Il est malade (parasites) ou blessé.
Dans cet état, sans votre intervention, ses chances de survie sont quasi nulles. Il ne cherche pas à manger, il cherche désespérément de la chaleur.
Le GESTE qui sauve : La bouillotte avant la nourriture
Face à un animal affaibli, l’erreur numéro 1 est de vouloir le nourrir tout de suite. Ne faites pas ça. Un animal en hypothermie ne peut pas digérer : le nourrir peut le tuer.
Voici le protocole précis à suivre, recommandé par les Centres de Soins de la Faune Sauvage :
1. Sécurisez-le (avec des gants)
Même s’il paraît inoffensif, le hérisson peut porter des parasites (puces, tiques) ou des maladies. Munissez-vous de gants de jardinage épais ou utilisez une serviette pour l’attraper délicatement. Rentrez-le immédiatement à l’intérieur, dans une pièce tempérée.
2. La technique de la “bouillotte d’urgence”
C’est l’étape cruciale. Placez l’animal dans un carton aux bords hauts (il grimpe bien !). Installez contre lui une bouillotte remplie d’eau chaude (mais pas bouillante), entourée d’un linge pour ne pas le brûler. Si vous n’avez pas de bouillotte, une bouteille en plastique remplie d’eau chaude glissée dans une chaussette fera l’affaire.
L’objectif est de faire remonter sa température corporelle. Couvrez-le d’une petite couverture polaire ou d’une serviette éponge.
L’erreur fatale : Le lait et le pain
C’est une croyance tenace qui a la vie dure chez les seniors qui ont grandi à la campagne. On pense bien faire en donnant une coupelle de lait de vache. C’est un poison violent pour le hérisson.
Intolérant au lactose, il souffrira de diarrhées mortelles qui le déshydrateront en quelques heures. De même, le pain est à bannir (il gonfle dans l’estomac).
Que donner une fois qu’il est réchauffé ?
Si l’animal se réchauffe et semble reprendre vie, proposez-lui uniquement :
- De l’eau fraîche dans une coupelle basse.
- Des croquettes pour chat ou de la pâtée pour chat (au poulet ou au bœuf). C’est la nourriture la plus proche de ses besoins en protéines.
À noter : Si vous n’avez pas d’animaux domestiques, les magasins de jardinage et d’animalerie vendent désormais des mélanges spécifiques pour hérissons, riches en insectes séchés. Avoir un paquet d’avance dans son garage est un geste prévoyant.
Qui appeler ? Ne jouez pas au vétérinaire
Le hérisson est une espèce protégée. Il est interdit de le garder chez soi comme animal de compagnie. Votre rôle est de faire les premiers soins (réchauffer), puis de contacter des professionnels.
Ne l’emmenez pas chez votre vétérinaire de quartier (sauf s’il est spécialisé faune sauvage), car la plupart ne sont pas habilités à les soigner gratuitement. Contactez le Centre de soins de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) le plus proche de chez vous ou le sanctuaire “Le Hameau des Hérissons”. Ils vous guideront sur la marche à suivre ou vous indiqueront un bénévole transporteur.
Comment aménager son jardin pour éviter les drames ?
Si vous aimez voir ces petits alliés dans votre jardin (rappelons qu’un seul hérisson mange des kilos de limaces et d’escargots, vous évitant l’achat de pesticides !), il faut sécuriser leur environnement.
1. Attention aux robots tondeuses
C’est la première cause de mortalité et d’amputation chez les hérissons. Ces robots de tonte autonomes, très pratiques pour l’entretien des pelouses, sont des engins de mort s’ils tournent la nuit. Programmez-les impérativement pour ne fonctionner qu’en journée.
2. Installez un abri sûr
Pour aider les populations à passer l’hiver, l’installation d’un abri pour hérisson en bois est une excellente initiative. Vous pouvez l’acheter en jardinerie ou le fabriquer vous-même avec quelques planches, à placer dans un coin calme, à l’abri du vent et de la pluie, recouvert de feuilles mortes.
3. Laissez des passages
Le hérisson est un grand marcheur. Si votre jardin est clôturé hermétiquement par du grillage ou des murs, il est piégé. Créez de petites ouvertures de 15 cm au ras du sol pour lui permettre de circuler de jardin en jardin.
Conclusion
Apercevoir un hérisson en plein jour l’hiver est une urgence vitale. Ne le laissez pas repartir en pensant qu’il “se débrouillera”.
En le réchauffant avec une simple bouillotte et en appelant un centre de soins, vous sauvez bien plus qu’un animal : vous protégez le meilleur ami de votre potager et un maillon essentiel de notre biodiversité.