J’ai été agriculteur toute ma vie : voici le montant réel de ma retraite aujourd’hui
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J’ai été agriculteur toute ma vie : voici le montant réel de ma retraite aujourd’hui

Des réveils à 4h30 du matin, 365 jours par an. Pas de week-ends, pas de jours fériés, et des vacances qui se comptent sur les doigts d’une seule main en quarante années d’exercice.

C’est le résumé de la vie de Franck, 67 ans, ancien éleveur laitier dans le bocage normand. « C’est vrai, c’est un métier de passion », concède Franck.

Lorsqu’il a cédé son exploitation il y a deux ans, Franck savait qu’il ne roulerait pas sur l’or. Mais il ne pensait pas toucher ce montant à la retraite.
Aujourd’hui, il brise le tabou de l’argent et nous dévoile, relevés bancaires à l’appui, le montant exact de ses revenus à la retraite.

La réalité brute : voici le montant exact de sa pension

Après une carrière complète avec tous ses trimestres validés en tant que chef d’exploitation, le virement mensuel versé par la MSA (Mutualité Sociale Agricole) s’élève à 1 178 euros nets.

« Je sais que beaucoup s’attendent à un chiffre bien plus élevé après une vie de 70 heures par semaine. La réalité est pourtant bien différente », confie-t-il avec une pointe d’amertume.

Ce montant inclut sa retraite de base, la retraite complémentaire obligatoire (RCO) et bénéficie de la récente revalorisation liée aux lois Chassaigne. Ces dernières garantissent désormais théoriquement un niveau de pension équivalent à 85 % du SMIC net agricole pour les carrières complètes.

« C’est une avancée historique, on ne peut pas le nier », admet l’ancien exploitant. « Il y a encore quelques années, je n’aurais touché que 900 euros. Mais est-ce vraiment juste ? »

Le budget mensuel passé au crible

Si 1 178 euros peuvent sembler un montant “correct” pour certains observateurs, l’analyse des dépenses contraintes révèle une équation budgétaire complexe.

Pour comprendre la réalité de son pouvoir d’achat, il faut scruter ce qui sort du compte dès le 5 du mois.

Le reste à vivre de Franck fond comme neige au soleil face aux charges incompressibles :

🏡 Logement : Propriétaire de sa maison, une bâtisse ancienne typique du monde rural mais énergivore, il n’a plus de crédit immobilier. En revanche, la taxe foncière représente une charge lissée d’environ 85 € par mois.

⚡️ Énergie : « C’est le poste qui me fait le plus peur », avoue-t-il. Entre le fioul pour le chauffage et l’électricité, la facture moyenne annuelle atteint 210 € par mois.

❤️ Santé : L’usure physique liée au métier se fait sentir (dos, articulation). Sa mutuelle santé senior lui coûte 125 € mensuels pour garantir une couverture décente.

🚗 Mobilité : En zone rurale, la voiture est vitale. Entre l’assurance auto, l’assurance habitation et le carburant indispensable pour le moindre déplacement, 150 € s’envolent mensuellement.

Une fois ces charges fixes déduites (environ 570 €), il lui reste environ 608 € pour l’alimentaire, l’habillement et l’entretien courant.

« Quand on regarde le taux de remplacement réel entre mon dernier revenu d’activité et ma pension, la chute de niveau de vie est brutale », analyse-t-il froidement.

Le système D pour survivre face à l’inflation

Face à cette contrainte budgétaire, la gestion devient un art de vivre. Franck cultive un grand potager pour réduire drastiquement son budget courses, limite le chauffage au strict minimum et a renoncé aux voyages.
« On vit chichement, comme on l’a toujours fait », résume-t-il.

Sa situation est pourtant loin d’être la plus critique. Il pense aux veuves d’agriculteurs, souvent anciennes conjointes collaboratrices, dont les pensions peinent à atteindre les 800 euros.

Beaucoup doivent solliciter l’ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées), l’ex-minimum vieillesse, pour survivre. « C’est une humiliation terrible pour des femmes qui ont travaillé dur toute leur vie », déplore Franck.

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« Ne comptez pas uniquement sur la répartition »

S’il accepte de témoigner aujourd’hui, c’est aussi pour lancer un avertissement aux jeunes générations d’agriculteurs. Le système par répartition montre ses limites pour les indépendants.

« Si j’avais su, j’aurais mis de côté sur une assurance-vie ou un Plan Épargne Retraite (PER) beaucoup plus tôt », regrette-t-il. Certains de ses anciens collègues choisissent désormais des solutions plus radicales, comme la vente de leurs terres en viager, pour compléter leurs revenus et maintenir leur niveau de vie.

Une décision difficile, qui marque souvent la fin d’un patrimoine familial transmis depuis des générations.

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